Des hommes et une piève
Contrairement à une idée reçue, la société corse de cette période 1500-1600 est relativement mobile. On n’hésite pas à quitter son village d’origine pour s’installer ailleurs. Les actes du civile governatore nous permettent également d’entrevoir que les habitants de Scolca « bougent », au moins à travers la piève et occasionnellement même au-delà. Dans les années 1610, le futur padre del commune Arcangelo de Scolca est domicilié à Lucciana, tout comme le notaire Angelo Francesco q. Casano également originaire du même village. Le notable Salidonio de Scolca est établi à Borgu. Le patronyme du notaire exerçant à Borgu de 1652 à 1681 donne son origine : il s’agit de Giuliofrancesco Scolca. Enfin, Giovanmatteo Retale de Bigorno (mais il s’agit ici probablement du nom de la piève et non de celui du village), peut être parent de Salidonio de la Scolca, est soldat à Gênes dans la compagnie levée par le capitaine Giovanbattista Belgodere.
Les institutions locales du village
A partir des années 1560, le podestà représente la communauté et défend ses intérêts collectifs de celle-ci. C’est une sorte de maire avant l’heure. On note dans les actes du civile governatore, l’élection de ce représentant pour Scolca en 1572 et 1585. En 1594 et 1595 est désigné comme podestà d’Erbaghju et de Scolca Antone q. Marco. En 1607, Orsone q. Battista, Piergiovanni q. Nielino et Arcangelo q. Martino deviennent Padri del commune de Scolca et d’Erbaghju. En 1609, c’est Martino qui est élu à la même charge pour la communauté de Scolca. Ce Martino est sans doute le fils d’Arcangelo puisqu’il porte le même prénom que le père de ce dernier. Les dynasties d’hommes politiques ne datent pas d’hier… Notons enfin qu’en 1617, les règlements édictés par la communauté de Scolca sont homologués par l’autorité génoise. On procède aussi régulièrement à l’élection des chasseurs de la communauté et à celle des gardes- champêtres. En 1585 sont ainsi élus les chasseurs des communautés de Lentu, Canavaghja, Vulpaiola et Scolca. Ces chasseurs avaient le droit d’être armés en permanence et étaient payés par les communautés pour chasser les nuisibles et protéger les troupeaux, les semences et les récoltes des dégâts provoqués par les animaux parmi lesquels l’ours. Leur nomination était soumise à l’approbation du magistrat de la province. En 1621, 1635 et 1649 : sont désignés les gardes-champêtres de Scolca. Ils assurent l’application des règlements communautaires et défendent l’utilisation exclusive du terroir par les habitants du village au détriment des villages voisins. Les actes du civile governatore font émerger quelques personnalités dont les pratiques procédurières – par ailleurs très courantes à cette époque – les désignent comme ayant un statut social supérieur. On peut donc citer quelques membres de cette notabilité sculcaraccia de la fin du XVIe et de la première moitié du XVIIe siècle. Dans les années 1580, Ferignaccio apparaît ainsi comme un propriétaire terrien assez important. Il a pour fils Orazio. Antone q. Marco est quant à lui élu deux fois podestà du village dans les années 1590. Enfin, dans les années 1640-1650, la figure du révérend Sansone, rettore de Scolca, met en lumière un ecclésiastique qui se comporte en véritable notable, propriétaire terrien auquel appartiennent également des troupeaux. Lui non plus n’hésite pas à se lancer dans de nombreux procès contre d’autres notables ou contre des communautés pour faire valoir ses droits. Il décède en 1654. La notabilité de Scolca s’enracine également – sans doute par des mariages – dans des villages voisins. Originaire de Scolca mais installé à Borgu, Salidonio y apparaît comme une personnalité importante. Propriétaire de bétail, il exploite également les terres appartenant à l’ancien podestà de Bastia Paolo Francesco Partenopeo, par ailleurs membre d’une grande famille de la noblesse génoise. Salidonio a au moins deux fils : Ottaviano déclaré comme fermier et Padovantone qui a épousé la fille du notaire Antonetto Ficaja. A sa mort en 1641, l’héritage de Salidonio fait l’objet de plusieurs requêtes de la part d’autres notables et de ses créanciers. Au début des années 1600, Arcangelo lui aussi sculcaracciu, est élu padre del commune de son village d’origine avant d’occuper une place politique importante à Lucciana dans les décennies suivantes.


















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